Yannick Haenel

Le trésorier payeur et le parfum du temps… un livre de Yannick Haenel

Le trésorier payeur comme son nom l’indique recèle des coffres de richesses infinies. C’est un roman composé de galeries, de couloirs, de souterrains, de portes, de cavités, de chambres, d’escaliers. On y suit les phrases comme des aventures. Elles y ont des reflets d’argent, une richesse liquide, elles scintillent comme les rubans soyeux des toiles de Watteau. On en remonte délicieusement le cours jusqu’à la source et au jaillissement de toutes ces fontaines auxquelles on s’abreuve pour ne pas mourir.

Il y a pour moi depuis longtemps quelque chose de spécial dans les livres de Yannick Haenel. Une écriture remarquable qui vous fait lire, le crayon à la main, en lien avec d’autres livres, des tableaux, des cartes, des airs de musique. Une virtuosité à saisir les éclairs, une faculté de peindre les éblouissements, les ravissements, à déployer des chemins obliques qui ouvrent à la renaissance permanente.

Ils font aussi partie de ces livres qui viennent vous cueillir, qui ont ce pouvoir d’entrer en conversation, en connivence.

La conversation a commencé il y a plus de douze ans. J’avais acheté Cercle sans vraiment connaitre le sujet. On m’avait dit que c’était génial. Je ne savais rien de plus. Le hasard a fait que j’en ai ouvert la première page par une nuit d’insomnie, un 16 avril, la veille de prendre un train pour me rendre à un rendez-vous sur le ponts des arts à Paris.

Le roman commence un 17 avril et le personnage principal qui ce jour là ne monte pas dans le train de 8H07, commence un parcours dans Paris qui l’amène sur le pont des Arts.

Quelle probabilité y avait-il aujourd’hui pour que le Trésorier Payeur situe son action à Béthune, ville du Pas-de-Calais, la ville de ma naissance et de mon adolescence lycéenne ? La même qui m’a fait ouvrir Cercle la veille d’un 17 avril.

Des lumières bleutées scintillaient autour du beffroi comme des guirlandes dans la nuit. L’air était douxYannick Haenel, Le Trésorier payeur

Photographie IB depuis la chambre de l’hôtel du vieux beffroi – 14 JUIN 2020 – Béthune

Ce sont des coïncidences étranges et belles, mais surtout, au-delà de ce qui pourrait paraitre ici anecdotique et insignifiant, elles renforcent le charme de la rencontre que constitue toujours la lecture d’un livre dans lequel on puise pour longtemps les seules richesses dont nous avons vraiment besoin pour vivre.

EXTRAITS

LE PARFUM DU TEMPS :

©Yannick Haenel Gallimard

L’Eclipse Michel Antonioni

« – Tout cet argent perdu, où va-t-il ?

– Il ne va nulle part. »

Michelangelo Antonioni, L’Éclipse

DANS LA SALLE DES COFFRES IL N’Y A PLUS RIEN

©Yannick Haenel Gallimard

Un passage, un tunnel, une porte M sur m

LES INSTANTS DILAPIDES

©Yannick Haenel Gallimard

UN ROMAN QUI S ECRIT

©Yannick Haenel Gallimard

Au bout il y a une porte. j’en ai la clef. Je tourne la serrure et j’entre dans le tunnel………

Yannick Haenel, Le Trésorier payeur, Gallimard, Août 2022

A découvrir la critique d’Arnaud Jamain dans Diacritik

« Je suis mille fois le plus riche », Arthur Rimbaud, Nuit de l’enfer

Isabelle Baudelet pour La Fabrique Poétique, le 1er septembre 2022

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