Cadavre exquis

Polar poétique (I)

La Fabrique Poétique tente des expériences, ouvre des explorations en écriture.

Spontanément sous les photographies de la Fabrique des poètes, des écrivains ont commencé depuis quelques temps déjà à glisser quelques mots, des poèmes courts écrits et saisis en correspondance. Et si sous les photos on s’amusait à plusieurs mains à explorer la forme du polar ? Et si les poètes se révélaient être d’excellents fins limiers par leur capacité singulière de regarder le monde, de l’habiter ?

Sans esprit de sérieux, sans trame préconçue , ouvert à toutes les fantaisies au coeur d’une intrigue à suspens ayant pour ingrédients : l’art, la littérature la poésie et le quotidien, je vous invite à tenter cette expérience en participant à la narration à travers le point de vue du personnage principal : une femme qui tient une boutique dans la ville basse de M sur m et qui rêve d’habiter poétiquement le monde. Elle se retrouve par un enchaînement de hasards à enquêter sur la disparition étrange d’une voisine dont elle se sent proche : Eléonore

Se faire un peu peur, beaucoup rire, se surprendre, se découvrir, se cacher, s’emmener sur les chemins poétiques tel est le programme !

Le principe d’une écriture sous forme de cadavre exquis n’est pas nouveau mais chaque expérience est singulière !

Pour PARTICIPER, il faut avoir pris connaissance du récit depuis le commencement et publier sur le groupe facebook dédié un paragraphe en cohérence. Il est possible d’accompagner vos quelques lignes d’un document, d’une musique ou d’une photo.

Un rappel du fil d’écriture figurera toujours en lien dans la rubrique A propos du groupe :

https://www.facebook.com/groups/3176433285909505/about

Et bien sûr d’autres personnages vont naitre au fil du récit à n’en pas douter….

Le point de départ : La photo saisie à M sur m à l’heure bleue le 7 novembre 2021.

Le titre sera trouvé en chemin ….

Rendez vous sur : https://www.facebook.com/groups/3176433285909505

Pour le moment nous sommes 4 participantes : IB Isabelle Baudelet / ML Marilyse Leroux / SD Sylvie Durbec/ SL Stephanie Leignel

CHAPITRE I LES TROIS FENETRES

Elle allait fermer sa boutique l’humeur un peu triste, et cherchait ses clefs égarées dans les profondeurs de son sac. Une voix lointaine et joyeuse la fit sursauter. C’était Eléonore. Elle lui adressait un salut amical avant de rentrer chez elle. Elle habitait à deux pas, au premier étage de l’ancien café au coin de la Grand Rue et de la rue de l’église. En levant la tête pour lui répondre, elle s’aperçut que c’était l’heure bleue, l’instant des lumières qu’elle aimait, et demeura quelques minutes à contempler le ciel. Mais où diable pouvaient-elles être ces clefs? Elle se mit à sortir tout ce qui encombrait son sac : livres, carnets, appareil photo.En les entendant finalement tinter dans la poche de son manteau, elle sourit de son étourderie et avant de fermer enfin la porte, jeta machinalement un oeil du côté de chez Eléonore. Elle aimait beaucoup l’éclairage de son appartement entre les deux réverbères : les trois fenêtres lui faisaient penser au tableau d’Edward Hopper : Night Windows. Mais alors qu’Eléonore devait être chez elle depuis plusieurs minutes, les fenêtres restaient implacablement noires… (IB)

Edward Hopper Night Windows

Que faire? Où était passée Eléonore? Restait-elle dans le noir pour réfléchir? S’interrogeait-elle sur mon attitude? se demandait la promeneuse mélancolique… (SD)

Ce n’était pas dans ses habitudes. Plus régulière sur son horaire, il n’y avait guère que le clocher de la ville. Elle décida de l’appeler pour en avoir le coeur net. /…/ (ML)

Cinquième sonnerie.. Rien. Même pas la musique de son répondeur. Non seulement l’appartement restait plongé dans le noir mais la voix d’Eléonore semblait s’être évaporée elle aussi. Elle reprit ses clefs, son sac et décida de s’approcher de l’appartement. La nuit était tombée et le ciel avait perdu son bleu intense. Septième sonnerie. Elle remarqua sur la fenêtre de droite une petite lueur qui semblait enfin indiquer une présence . Mais à peine avait-elle rangé son téléphone que le faible faisceau lumineux disparut. Elle l’appela de nouveau. La lueur réapparut aussitôt. Le téléphone d’Eléonore sonnait dans le vide à la fenêtre… (IB)

Une angoisse inconnue d’elle jusqu’à présent lui serrait le cœur. Comme si Eléonore était une part d’elle-même qui avait disparu sans qu’on puisse savoir où, ni comment (SD)

Son imagination galopait. Non, Eléonore n’était pas du genre à ne pas répondre. Soit elle était déjà sous la douche, soit… Non, pas ça. ce n’était pas possible. Elle aurait dû l’accompagner comme l’autre fois. Pourquoi avait-elle hésité au moment de fermer la boutique ? (ML)

Puis lui revint en mémoire cette conversation qu’elles avaient eu il y a peu dont le sujet lui paraissait étrange maintenant….cette histoire de murmures derrière les portes de son appartement……(SL) 

Elle s’en voulait beaucoup .Ses clefs, l’heure bleue, sa tristesse voilà tout ce qui l’intéressait, elle avait à peine répondu au signe qu’Eléonore lui avait fait de la main.. Mais elle était peut être la seule du quartier , à force d’attendre chaque soir « le tableau d’Edward Hopper », à avoir suffisamment observé les fenêtres d’Eléonore pour savoir qu’il se passait quelque chose d’anormal. En s’approchant de la porte qui menait à l’appartement, le poème revenait en boucle dans son esprit : « Ce que l’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie. »

La porte était restée entrouverte, ce qui n’arrangeait rien à son angoisse. Elle remarqua immédiatement en se faufilant dans l’entrée, une lettre froissée sur la première marche… (IB)

Une liste de courses, juste une liste comme chacun en fait à la hâte. Son imagination lui jouait des tours, une fois de plus. C’était bien l’écriture d’Eléonore, elle avait dû perdre le papier en sortant ses clefs de son sac. Mazette ! Du champagne, saumon et blinis… Qui donc avait-elle invité, elle qui ne recevait personne depuis plusieurs mois ? Une pointe de jalousie lui picota le coeur. (ML)

-Qu’est ce que vous fichez là ? maugréa-t-on derrière elle.

Pas la peine de se retourner, une voix pareille, cela ne pouvait être que celle de Jean-Pierre Destouches, dit Jipé comme il se doit, une figure du quartier; Il savait tout sur tout. Son fort n’était pas l’amabilité mais il n’avait pas les yeux dans sa poche, peut être avait-il vu quelque chose ?

Je cherche Eléonore, s’excusa-t-elle maladroitement

Oui je me doute bien, c’est pas chez vous ici. Mais vous perdez votre temps croyez moi, affirma-t-il sans la moindre hésitation. (IB)

C’est que je m’inquiète pour Éléonore. Son téléphone ne répond pas… alors que…- Vous ne pensez pas que vous en faites un peu trop, là ? Vous n’avez rien à faire ici, rentrez chez vous avant que je m’énerve !Elle sortit à reculons tout en fixant Jean-Pierre Destouches aussi fermement qu’elle le pouvait. Toi, mon vieux, tu ne perds rien pour attendre… Elle se posta un moment sous une porte de la rue voisine, tendit l’oreille et… (ML)

Avant qu’elle n’ait eu le temps de se trouver ridicule à jouer les fantômettes à M sur m, elle vit Jipé l’air bien moins assuré, sonner à la porte de la maison jaune aux roses trémières. « Je vais enfin voir qui habite cette maison », se dit -elle depuis sa cachette de pénombre, car à part les fleurs en question elle n’y avait jamais vu le moindre signe de vie.

« Encore toi Jipé, qu’est ce qui t’arrive, j’ai pourtant été clair : moins on nous verra ensemble mieux ce sera. »

Elle pouvait entendre mais son angle de vue ne lui permettait pas de voir le visage de l’homme de la maison jaune.

« C’est que la fouineuse de la boutique poétique est déjà à sa recherche, bredouilla Jipé

-Quoi ?! Mais elle n’a pas mieux à faire avec ses poètes, et ses promenades celle là ? Tu m’avais pourtant assuré dans ton message que tout s’était passé comme prévu.

-Oui je lui ai remis le faux télégramme sur le pas de sa porte, elle a été bouleversée comme prévu, en a même renversé son sac à main dans l’escalier, et à peine trois minutes plus tard, elle était dans sa voiture avec un sac de voyage.

-Ok, bah la marchande de poèmes devrait assez vite laisser tomber, C’est des rêveurs ces gens là, pas des aventuriers. Mais dis moi, tu as bien mis le message convenu sur le télégramme au moins ?

-Oui : Urgent – Présence requise au plus vite – Daphné est au plus mal- Georges impasse er mané Saint Cado Dans l’obscurité de la porte cochère, elle se mit à répéter en boucle les mots de Flaubert : « Les phrases sont des aventures » (IB)

Fin du chapitre I : Les trois fenêtres – M sur m

Chapitre II : île et elle – Saint C à suivre..

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